03 - Les Synthés Qui Ont Forgé Le Son Des Années 80

03 - Les Synthés Qui Ont Forgé Le Son Des Années 80

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Mikaël Simard
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Blogues

Pour les nostalgiques d'entre nous, les années 80 ont été marquantes. C’est le moins qu’on puisse dire! On se souvient très bien des couleurs néon éclatantes, de la mode extravagante, d’une culture pop électrisante ou encore des nombreuses technologies émergentes. Mais pour beaucoup, cette décennie se définit surtout par sa musique, et plus particulièrement par un son synthétique si distinctif qui continue, encore aujourd’hui, d’influencer des artistes de tous les horizons.

De Michael Jackson à Madonna, en passant par Prince, Freddie Mercury et Whitney Houston, la liste de hits qui sont passés à l’histoire est interminable. Cette période marque un véritable tournant dans l’utilisation des synthétiseurs, dont plusieurs d’entre eux ont défini ce son mythique et si facilement reconnaissable. Aujourd’hui, nous plongeons dans la découverte de plusieurs de ces machines qui ont forgé les plus grands classiques des années 80.

Il est impensable de débuter un article sur les synthés précurseurs sans revenir aux origines. Introduit sur le marché en 1979, le Fairlight CMI fut le tout premier synthétiseur commercial à offrir le sampling sonore. Pour la première fois, les musiciens pouvaient enregistrer de vrais sons et les reproduire chromatiquement sur l’ensemble du clavier, ouvrant la voie à une créativité jusqu’alors inédite. Les utilisateurs pouvaient expérimenter librement, en éditant visuellement les formes d’ondes et séquences, plutôt que de se contenter de naviguer dans des bibliothèques de sons préprogrammés.

De nombreux artistes ont rapidement adopté cette merveille technologique. Kate Bush l’a utilisé de manière intensive sur ses albums et sur son titre emblématique “Running Up That Hill”, mais on peut également citer Stevie Wonder, Peter Gabriel ou encore Paul McCartney parmi les pionniers fascinés par le Fairlight CMI. Bien qu’il soit loin d’être le premier synthétiseur, le CMI a véritablement révolutionné la production musicale, ouvrant la voie à de nouvelles possibilités créatives jusqu’alors inédites.

 

Pour l’anecdote, beaucoup considèrent que le tout premier synthétiseur serait le Telharmonium (aussi connu sous le nom de Dynamophone), paru quelque part entre 1896 et 1906. Cette machine ancestrale de 200 tonnes produisait des sons électriques grâce à d’énormes dynamos, bien avant l’avènement des synthétiseurs analogiques. Ce dernier annonçait déjà, à l’époque, les principes de la synthèse additive.

 

On peut aussi penser au Roland TR-808, un drum machine mal compris à ses débuts mais qui a profondément marqué le son des années 80. Produisant des sons de batterie entièrement analogiques, la machine ne cherchait pas à imiter la réalité. Au contraire, son timbre synthétique, futuriste pour l’époque, invitait les producteurs à expérimenter avec des rythmes inédits. Ils pouvaient créer des schémas rythmiques plus rapidement que jamais et s’amuser à les modifier à leur guise. Vers la fin de la décennie, la machine avait déjà largement influencé l’évolution de la pop et accéléré le développement du genre naissant de la musique électronique. Le TR-808 continuera de transformer l’industrie dans les décennies suivantes, lorsque des producteurs de hip-hop reprendront ses kicks analogiques pour les allonger, les tuner et ajouter de la saturation. Ces ajustements donneront naissance aux 808 modernes, une sub bass très profonde utilisée à la fois comme élément rythmique et mélodique.

Le Oberheim OB-XA est un autre bel exemple d’innovation technologique de la décennie de l’avidité. Offrant jusqu’à 8 voix de son analogique et 2 oscillateurs par voix, la machine a fait sensation à sa sortie en 1980. À l’époque, la plupart des synthés étaient monophoniques, c’est-à-dire capables de produire une seule note à la fois. Le OB-XA a donc complètement changé la donne, permettant de jouer jusqu’à 8 notes simultanément et de mélanger 2 sons par note, ce qui enrichit considérablement les textures et les arrangements. De plus, le OB-XA offrait un contrôle tactile complet ultra intuitif, où chaque paramètre avait un bouton ou un curseur dédié. Fini la navigation dans des menus complexes: les musiciens pouvaient sculpter leur son en temps réel, que ce soit en studio ou sur scène.

Le synthétiseur le plus emblématique de cette période reste sans doute le Yamaha DX7. Sorti en 1983, il s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires, un chiffre énorme pour l’époque. Il a marqué un véritable tournant technologique grâce à sa synthèse FM (Frequency Modulation), qui produisait des sons radicalement différents des autres synthés. Le DX7 se distinguait par sa capacité à créer des timbres métalliques, cristallins, percussifs ou éthérés, qui deviendront la signature sonore des années 80. Ultra polyvalent, on le retrouvait sur presque toutes les productions pop, R&B, new wave, dance, en passant même par le rock et le jazz, il était absolument partout! On peut l’entendre sur des dizaines de hits, tels que “Human Nature” de Michael Jackson, “Purple Rain” de Prince, “Africa” de Toto, “Sweet Dreams (Are Made of This)” de Eurythmics ou encore “Don’t Stop Believin” de Journey, et la liste est encore longue. Le DX7 n’était pas qu’un simple instrument: c’était un outil révolutionnaire qui a redéfini le son des années 80 et dont l’impact se fait encore sentir dans la musique moderne.

De nombreux autres synthétiseurs ont marqué cette époque, comme le Korg M1, le Roland Jupiter-8, le Sequential Prophet-5 ou encore le Roland Juno-106, pour n’en nommer que quelques-uns. Une chose est certaine: les années 80 ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique. Il y a eu un avant et un après, ouvrant la voie à des genres émergents comme l’EDM, l’indie, le synthwave ou le hip-hop contemporain. Cette décennie a constitué un pont entre l’analogique et le numérique, en introduisant des outils et des sons qui continuent de définir l’identité sonore de la musique moderne. Les synthés, drum machines et samplers ont certes évolué depuis, mais ils restent encore aujourd’hui les fondations de la production musicale contemporaine.

Texte de: Mikaël Simard

 

Commentaires

1
GS
Gabriel Simard

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